Mbera
ou l’humanitaire dans tous ses états
mars 2012
Mbera, un nom aux consonances poétiques qui, pour le non
averti, peuvent sembler évoquer un quelconque site paradisiaque
ou des touristes se prélassent à l’ombre de
palmiers en écoutant le ressac des vagues. La réalité et
tout autre. Mbera, une zone aride, frontalière avec le Mali,
est le site choisi par les autorités mauritaniennes pour établir
un camp destiné à accueillir les dizaines de milliers
de réfugiés maliens qui fuient le conflit armé en
cours dans leur pays.
Après deux semaines de mission dans ce camp, des images
kaléidoscopiques se bousculent encore dans ma tête.
Des questions aussi, des appréhensions et des inquiétudes,
mais le tout dominé, autant que cela puisse paraitre paradoxal,
par un sentiment de grande fierté. Et vous êtes en
droit de vous demander pourquoi ? Tout simplement parce que les
mauritaniens, gouvernement, société civile et populations
d’accueil ont fait preuve de grandeur, de générosité et
de noblesse en tendant les bras, grands ouverts, pour accueillir,
soigner, nourrir et abriter leurs frères dans le besoin.
Je participe de cette culture d’hospitalité et de
solidarité avec son prochain. Je participe aussi de la culture
de l’action humanitaire que prône mon institution,
l’UNFPA, à l’image des autres agences du système
des nations unies.
Le camp était en perpétuelle ébullition. Les
réfugiés arrivaient par centaines chaque jour. Les
délégations en 4x4 ou à pieds, les camions
remorque de toutes tailles apportant leur lot d’aide humanitaire
sillonnent le camp jour et nuit dans un ballet incessant.
Réunions et rencontres se tiennent de manière intensive
pour tenter d’apprécier la situation et de coordonner
pour y faire face.
Chose qui ne semble pas particulièrement aisée devant
la multiplicité des intervenants, l’énormité et
la nature complexe des besoins, d’où mon sentiment
d’appréhension.
La tache devient encore plus ardue quand des questions de leadership,
qui n’ont rien à avoir avec les besoins vitaux des
réfugiés, prennent le pas, des fois, sur l’option
d’une action concrète, concertée, complémentaire
et solidaire pour parer au plus pressé et sauver des vies,
d’où mon sentiment d’inquiétude.
Vouloir à tout prix démontrer, tous étendards
dehors, qu’on est bien là, qu’on fait le plus,
qu’on est le plus utiles et qu’on est le premier concerné et
certes bien humain mais pas humanitaire.
Loin de ces préoccupations, le réfugié, lui,
veut boire, manger, s’abriter, se soigner, accoucher dans
de bonnes conditions, s’habiller, se sentir en confiance
et en sécurité, retrouver l’espoir et un semblant
de vie normale.
Aucun intervenant ne peut à lui seul répondre à toutes
ces sollicitations aussi interdépendantes et aussi pressantes
les unes que les autres d’où la nécessité d’un
travail d’équipe qui s’inscrit dans le respect
réciproque et qui met les besoins des populations réfugiés
au dessus de toutes autres considérations.
Il faut également un travail qui s’inscrit dans la
durée car au-delà des premiers moments d’effervescences
et de médiatisation, il faut envisager, si la situation
perdure et tout le laisse penser, de continuer à apporter
l’aide requise aux populations réfugiées mais également
aux population d’accueil . Déjà fragilisées
par les effets néfastes de la sécheresse ces dernières
ont subi de plein fouet l’impact de ces bouleversements qui
rendent encore plus précaires leurs conditions de vie.
C’est dans cette optique que s’inscrit l’intervention
du Fonds des Nations Unis pour la population qui m’a dépêché sur
place et qui va au-delà de la modeste contribution en médicament
et matériel médical, que j’apportais avec moi,
une goûte dans un océan de besoins urgents en toutes
sortes de médicaments et de services médicaux pour
les 37 000 réfugiés que compte, déjà,
le camp et pour les populations d’accueil.
En attendant la mise en place, promise, d’un hôpital
au niveau du camp, le centre de santé de Basseknou et le
poste de santé de Mbéra, avec leur personnel réduit
sont largement débordés. Il faut dire qu’ils
ne compte qu’un seul médecin, 2 sages femmes, 1 infirmier
et une accoucheuse auxiliaire, d’où l’urgence
de renforcer rapidement les capacités opérationnelles
de ces structures.
Mon séjour à Mbéra aura été plein d’enseignements
mais également de moments émouvants. Ainsi, j’ai vu, comme
une promesse d’espoir, la vie éclore dans le camp. La sage femme
dépêchée avec moi n’a pas chômé un instant,
tant son assistance était sollicitée et répondait aux besoins
spécifiques et vitaux des femmes en santé reproductive.
J’ai constaté les préoccupations des autorités locales,
recueillie les confidences des populations d’accueil, partager l’espoir
des femmes et jeunes du camp et devisé avec le chef du camp et son entourage.
Parmi les confidences qui peuvent avoir une signification particulière
pour l’orientation du programme d’assistance, celle qui indique que
des populations autochtones commencent à s’inscrire comme réfugiés
pour bénéficier des avantages et privilèges qu’ils
observent dans le camp, par apport à leurs propres conditions de vie.
Autre constat, c’est la présence très majoritaire
des femmes au niveau du camp alors que les chiffres disponibles
les donnent presque à parité égale avec les
hommes. Les choses ont dû évoluer entre temps. Une
donne à prendre en considération pour mieux répondre
aux besoins spécifiques de cette frange particulière
de la population du camp.
Il me faut avant de terminer ce premier article, rendre hommages à ces
dizaines de volontaires et de professionnels de l’humanitaire
qui depuis le début de la crise se trouvent sur le terrain
et travaillent avec dévouement et abnégation, dans
des conditions extrêmes, pour soulager les souffrances des
populations en situation de précarité. C’est
là l’essence du travail humanitaire. Et comme le souligne
notre sainte religion, sauve une vie et c’est comme si tu
as sauvé toute l’humanité.
Mbera telle que vécue par l’envoyé spécial
UNFPA Hacen ould Hacen.
Bouh ould Ahmed Salem, Chargé de Communication UNFPA Mauritanie.
Tel : 200200 17