«
Au
départ j’étais très méfiant. Quelles
sont ces questions de population dont on nous rabat depuis quelques
temps les oreilles ? J’avais des échos de campagnes
que l’on mènerait par - ci par - là avec les
jeunes, les femmes, le personnel de santé, les élus.
Mais tout cela était très vague pour moi. Des rumeurs
circulaient disant que ces campagnes allaient à l’encontre
de nos préceptes religieux. Un jour j’ai rencontré
des responsables de ces campagnes et nous avons longuement discuté.
Ils m’ont édifié sur les objectifs de leur action
qui, disait – ils, visait à prémunir la population
et en particulier les jeunes contre les maladies sexuellement transmissibles
et le SIDA ; à les inciter à adopter des comportements
responsables ; à veiller à la bonne santé de
leur famille et à mieux s’armer de connaissances et
de compétences pour affronter la vie active.
L’argument
qui m’a le plus convaincu c’est qu’ils sollicitaient
notre implication dans la conception et la mise en œuvre de
ces campagnes dans le respect de nos valeurs et de notre culture.
Cette rencontre a été suivie d’un Atelier qui
a regroupé les Cheikhs de Mahadra et leaders religieux de
la région de l’Assaba. Nous avons débattu en
profondeur de la nécessité et du devoir de contribuer
individuellement et à travers nos réseaux et associations
à relever les défis qui se posent avec acuité
en matière de prévention du SIDA, de santé
de la reproduction, d’éducation des filles et de défense
des droits des femmes.
Pour ma part j’ai fondé au sein de la Mahadra ( école
traditionnelle d’enseignement coranique et religieux ) que
je dirige un Club d’Education en Matière de Population
et je ne le regrette pas. Les étudiants des écoles
coraniques sont autant concernés que les autres jeunes par
les questions qui touchent à leur santé et à
leur vie. Mes étudiant sont passionnés par les questions
abordées dans le cadre du club et dans le respect de nos
méthodes et disciplines d’enseignement. Le club a organisé
plusieurs rencontres avec des élèves du fondamental
et du secondaire. Les échanges ont été à
chaque fois instructifs et très intéressants. Ils
ont permis aux jeunes de prendre conscience de la nécessité
d’unir leurs efforts pour faire face à des problèmes
qui, s’ils ne sont pas bien perçus et compris, risquent
d’hypothéquer leur avenir. »
Fils d’une
famille d’érudits et Cheikh d’une Mahadra
séculaire à Guerrou, deuxième grande
ville de la région de l’Assaba, Mohamed Ould
Saha fait partie de l’un des réseaux d’Ouléma
( érudits religieux) qui bénéficient
de l’appui du Fonds des Nations Unies ( UNFPA ) dans
le cadre de programmes visant à amener les religieux
à mettre la crédibilité et l’influence
dont ils jouissent au service de la prise en charge des
questions de population. Mohamed Ould Saha a fondé
en juillet 2004 un Club d’Education en Matière
de Population au sein de la Mahadra qu’il dirige. |