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«Démographie, Paix et Sécurité», des consultations nationales s’ouvrent en Mauritanie et au Sahel

Nouakchott a abrité lundi 17 mai 2021, une journée de réflexion et d’échanges autour de « l’étude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie ». Les résultats des débats et les recommandations issues de ces travaux seront versés au forum prévu à Bamako le 19 mai 2021 sur le triptyque « Démographie, Paix et Sécurité au Sahel ».  La rencontre a été organisée par le Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, avec l’appui de l’UNFPA Mauritanie, en présence de plusieurs autres acteurs de développement.

Fortes demandes sociales et problématique de la jeunesse

Baba Boumeiss, statisticien-économiste, ancien Directeur général de l’Office National de la Statistique et Consultant recruté par l’UNFPA a présenté « L’Etude monographique sur la démographie, la paix et la sécurité en Mauritanie », qu’il a réalisée en août 2020. Cette étude met en exergue l’évolution du contexte sécuritaire en Mauritanie, épargnée depuis 2013 par les attaques terroristes, les perspectives démographiques soumises à la forte demande sociale d’un pays dont les moins de 35 ans représentent 75% de la population, et enfin, les politiques et programmes pour répondre d’une manière durable à la fragile situation sociale, économique et démographique du pays.

« La population mauritanienne est très jeune » dira-t-il. Elle peut être source de développement si elle reçoit une bonne éducation de base, une formation professionnelle de qualité et de l’emploi, a-t-il souligné en substance. « Ce qui n’est pas encore totalement le cas », a-t-il regretté. Il a aussi regretté les taux alarmants de décès maternels, infantiles et juvéniles, le taux inquiétant du chômage des jeunes. Quinze années de Cadre Stratégique de lutte contre la pauvreté (CSLP 2001-2015) et quatre années de SCAPP (2016-2020) n’ont pas encore résolu tous les problèmes de résilience.

De son côté, Dr. Souleymane Diakité qui s’est exprimé par visioconférence à partir de Dakar où il travaille au sein de l’Ecole Nationale de la Statistique et des Analyses Economiques (ENSAE) a présenté les « Résultats des modèles statistiques et la Modélisation entre démographie, paix et sécurité ». Selon lui, le contexte africain est marqué par un fort taux de chômage des jeunes, l’insuffisance des ressources, le niveau élevé de la demande sociale et des facteurs démographiques inhibiteurs de développement, avec de forts taux de mortalité maternelle et infantile et des taux élevés de fécondité.

Rejoignant presque Baba Boumeiss dans son analyse des causes des conflits, Dr. Souleymane Diakité a évoqué l’approche économique et ses politiques d’exclusion et de marginalisation, l’approche sociale avec ses tensions socioculturelles et ethniques, l’approche démographique d’inspiration malthusienne. Parmi les 11 variables actives retenues, la sécurité occupe selon lui, 5 modalités, mettant en exergue le cas particulier de l’Afrique de l’Ouest comme foyer de tension et de conflits.

Panel des acteurs nationaux

S’exprimant au nom de la Direction des Stratégies et Politiques de Développement du Ministère des Affaires Economiques, M. Mohyedine Sidi Baba a déclaré que la Mauritanie a « une taille de ménage à 6 et un taux de fécondité de 5 enfants, restons-en là, pas de politiques malthusienne ».  Il a évoqué lors du panel organisé pendant l’atelier que les frontières héritées de la colonisation sont souvent sources de conflits, soulignant les fragiles accords de défense qui empêchaient jusque-là beaucoup de pays ouest-africains à investir dans l’armement. Ce qui s’est traduit depuis quelques années par des dépenses militaires de plus en plus colossaux au détriment des autres lignes budgétaires, sachant que l’Aide Publique au Développement ne peut servir à acheter des armes et que l’aide militaire n’est pas non plus compris dans l’Aide publique au développement.

D’une manière schématique, M. Mohyedine Sidi Baba a scindé la population en trois catégories, ceux qui consomment, c’est-à-dire la totalité, ceux qui produisent et ceux qui détruisent, sachant que ceux qui produisent constituent une minorité et que ceux qui détruisent par actes de banditisme, de terrorisme ou, selon d’autres, de détournements de biens publics, sapent les efforts de développement et alimentent les tensions. La solution à ces défis passe selon lui par la gouvernance, l’emploi des jeunes et la sécurité. Il citera dans ce cadre les réponses du gouvernement, à travers la Stratégie de Croissance Accélérée et de Prospérité Partagée (SCAPP) 2016-2030, notamment le Levier 2 relatif au Capital humain et le Levier 3 relatif à la bonne gouvernance. Il a évoqué surtout, le Programme Elargi du Président de la République à travers la SCAPP 1 (2016-2020) et la SCAPP 2 (2020-2030) qui mise sur une croissance forte, la création d’emplois et l’offre accrue des services sociaux de base.

Selon Mohyedine Sidi Baba, « l’emploi des jeunes assèche les sources de violence et la fourniture des services de base favorise l’occupation du territoire national et le recul des zones non habitées, propices à l’insécurité ». Il a précisé enfin que les politiques publiques adoptées sont en parfaite adéquation avec les résultats d’analyse de l’étude sur la démographique, la paix et la sécurité au Sahel.

Pour lui, le principal défi reste l’emploi des jeunes, soulignant que chaque année, 50.000 jeunes arrivent sur le marché du travail qui n’offre que 25.000 opportunités. Parmi ces 50.000 jeunes, seuls 2.000 à 2.500 ont une formation professionnelle, donc absorbables par le marché du travail. Le reste, soit environ 42.000 sont soit sans instruction, soit sans formation professionnelle où sortant des universités, donc non désirés par le marché. « Où vont-ils ? » s’est-il demandé.

Mais avant, il y avait l’ouverture officielle

A rappeler que l’ouverture officielle de l’atelier a été marquée par le discours prononcé par le Secrétaire Général du Ministère des Affaires Economiques et de la Promotion des Secteurs Productifs, M. Mohamed Moustapha Ould Abdi Ould Jiyid qui s’est félicité de la réflexion ouverte sur cet important thème qui met en exergue les liens étroits entre démographique, paix et sécurité. « Notre pays fait face à d’énormes défis liés au développement d’une manière générale et de ses liens étroits avec la paix et la sécurité dans la région du Sahel, d’une manière particulière » a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l’évolution des indicateurs démographiques et socioéconomiques, nonobstant des avancées significatives, restent tout de même sources d’inquiétude. « C’est ce que notre pays a très tôt pressenti grâce aux orientations du Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani » a-t-il précisé. Cela s’est traduit, d’après lui, par les grandes avancées dans la formation du capital humain et du dividende démographique, et l’intégration de ces données dans la SCAPP. « Ce, à travers plusieurs leviers, notamment une croissance économique forte, pérenne et globale, la formation d’un capital humain performant et la bonne gouvernance » a-t-il souligné.

Le secrétaire général a ajouté que 15 chantiers et 59 interventions prioritaires ont été réalisés, ainsi que de nombreux projets. « Le gouvernement compte beaucoup sur ce présent atelier pour trouver d’autres pistes de réflexion capables de permettre au pays de répondre aux attentes de ce 21ème siècle » a-t-il affirmé.

Le Représentant résident de l’UNFPA en Mauritanie, SEM. Saidou Kaboré, en déplacement à Bamako, a adressé un message dans lequel il a souligné que « la recrudescence des conflits violents en Afrique subsaharienne a amené les chercheurs et les responsables politiques à s’interroger sur les corrélations entre démographie, paix et sécurité ». Il a ajouté que « ces dernières années, la région du Sahel a connu une hausse extraordinaire des attaques terroristes (Burkina, Mali, Niger…) ». Il a précisé que le contexte est aggravé par la faiblesse de la gouvernance, la dégradation de l’environnement et l’arrivée d’importantes vagues de migrants.

La réponse a généralement porté, selon lui, sur la création d’opportunités économiques, la lutte contre la pauvreté et l’exclusion politique. Mais ces solutions n’ont pas été suffisantes, a-t-il ajouté en substance. D’où le lancement en 2020 par le Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (WCARO) d’une étude intitulée « la démographie, la paix et la sécurité dans le contexte africain ». A l’instar du Mali, du Burkina et du Niger, la Mauritanie a ainsi réalisé une monographie, dont les résultats font l’objet des présentes consultations nationales. Celles-ci visent, selon lui, à recueillir les contributions respectives des pays à la réflexion régionale sur la démographie, la paix et la sécurité dans la région du Sahel. Elles participent au plaidoyer pour la conception de politiques et programmes novateurs avec un accent particulier sur l’investissement dans le capital humain et la capture du dividende démographique, a-t-il précisé en substance.