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Journée Internationale de la Fistule Obstétricale

La Fistule Obstétricale

La Mauritanie prête à y mettre fin

La Mauritanie a célébré ce mardi 11 juin 2019, la Journée Internationale de la Fistule Obstétricale (JIFO), sous le thème : « La fistule est une violation des droits humains – Mettons-y fin maintenant !».

L’apparition de la fistule obstétricale est principalement liée à un travail difficile lors d’un accouchement prolongé ou l’absence de soins obstétricaux de qualité. Comme indiqué dans la déclaration de la Directrice Exécutive de l’UNFPA, Mme Natalia Kanem à l’occasion de la célébration de la JIFO, il est temps que le monde entier tienne compte de l’appel lancé par les Etats membres de l’ONU dans la résolution 2018 des Nations Unies qui s’engageaient à éradiquer la situation en une décennie. En effet si nous ne prenons aucune mesure pour mettre fin aux fistules obstétricales, nous ne pourrons pas réaliser les Objectifs de Développement Durable (ODD), ni respecter les engagements de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement qui célèbre pour cette année 2019, son 25eme anniversaire.

Selon l’OMS, le nombre de femmes vivant avec la fistule obstétricale non traitée en Asie et en Afrique Subsaharienne s’estime à deux (2) millions. Chaque année, à travers le monde, 50.000 à 100.000 nouveaux cas de fistule obstétricale sont dénombrés. Il s’agit de jeunes femmes, souvent pauvres et vivant dans des contextes où le statut d’une femme dépend du mariage et de sa capacité à avoir des enfants. La fédération Internationale de Gynécologie et Obstétrique estime que pour chaque décès maternel le plus souvent évitable, 20 à 30 femmes survivent avec des séquelles dont la plus redoutable est la fistule obstétricale.

Dans son allocution lors de cette cérémonie, le Représentant de l’UNFPA a indiqué qu’en Mauritanie, chaque année, le nombre de nouveaux cas de fistule obstétricale se situe entre 150 et 306. Il a également relevé que pour éradiquer les fistules, il suffirait entre autre de (i) mettre fin aux mariages d’enfants ; (ii) repousser l’âge de la première grossesse ; (iii) réduire les besoins non satisfaits en planification Familiale ; (iv) mettre fin aux pratiques néfastes telles les Mutilations Génitales Féminines y inclus l’Excision et (v) faciliter l’accès à temps à des soins obstétricaux de qualité.

Le Secrétaire général du Ministère de la Santé a rappelé dans son allocution, les initiatives nationales pour éradiquer les fistules obstétricales (FO) y inclus la réactualisation prochaine de la Stratégie Nationale de Lutte contre les FO. 

La cérémonie a été marquée par ailleurs par la remise de 10 Kits d’accouchement par l’UNFPA au profit de 10 centres de santé ainsi que la dotation de Kit AGR pour la réinsertion sociale de patientes opérées de la fistule avec succès.

Les acteurs clés du secteur ont ensuite échangé longuement leurs expériences et sur les moyens de préventions et de prise en charge des FO. Parmi les acteurs, il y avait entre autres : le Secrétaire Générale du Ministère de la Santé, la Directrice du Centre Hospitalier Mère et Enfant de Nouakchott, le Chirurgien Urologue à l’hôpital Cheikh Zayid de Nouakchott, l’UNICEF, l’OMS, la Commission de l‘Union Européenne, l’Association Mauritanienne des Sages-femmes, l’Association Mauritanienne des gynéco-obstétriciens, La Société Mauritanienne de Pédiatrie, plusieurs leaders de la société civile.

Les participant(e)s ont ensuite suivi avec beaucoup d’émotion les témoignages de quelques femmes victimes de FO opérées avec succès et des acteurs clefs du programme de prise en charge des fistules.

Mme Aïcha Mint Mohamed Mahmoud, 30 ans, originaire de Mbout (Gorgol)
« J’ai eu la fistule suite à mon premier accouchement très difficile aux termes duquel j’ai été acheminée à Kaédi. J’avais 15 ans et j’ai traîné la maladie pendant dix ans, avant que je ne sois détectée par une mission du PNSR et conduite à l’Hôpital national de Nouakchott. J’ai subi huit (8) opérations de réparation chirurgicale au Centre l’Hospitalier ôpital National puis à l’Hôpital Cheikh Zayed.

Aujourd’hui je suis totalement guérie. Je me suis remariée, car mon premier mari avait divorcée. J’ai été entourée de tout l’amour de ma famille, qui ne m’a jamais abandonnée ni isolée. Mais par honte, je préférais toujours rester dans ma chambre pendant toutes ces longues années de souffrance. Je ne pouvais assister à aucun rassemblement populaire (mariage, baptême), ni rendre visite à qui que ce soit. Maintenant, je suis heureuse et mère d’un enfant avec mon deuxième mari ».

Mme Houlèye Niane, 35 ans, originaire de Bagodine (Brakna)
« Je me suis mariée à l’âge de 24 ans. J’ai eu la fistule suite à un accouchement très compliqué. On m’avait déjà conduit à Kaédi, mais comme je n’arrivais pas à me délivrer, on m’a acheminée à Nouakchott où j’ai subi un accouchement au forceps. Ce sera le début d’un calvaire qui a duré une année au cours de laquelle je me déplaçais avec des béquilles. Je restais toute la journée debout. Je ne pouvais pas m’asseoir sans déclencher selles et 
urines. Pendant tout ce temps, mon mari ne m’a jamais abandonnée.

C’est lui-même qui lavait mes habits et me faisait des couches, avant d’aller au travail. Ma famille aussi est restée très solidaire et ne m’a jamais abandonnée. J’ai été guérie après avoir subie quatre opérations. J’avais, selon les médecins, une fistule compliquée (fistule vésico-vaginale : Ndlr sage-femme). Aujourd’hui, grâce à l’aide du Programme National de Sante de la Reproduction et de l’UNFPA, ma vie a changé ».

Mme Koueidi Sidi Niang, 34 ans, originaire de Kaédi (Gorgol)


« Je me suis mariée à l’âge de 26 ans et j’ai quatre enfants. J’ai eu la fistule lors de l’accouchement de mon troisième enfant à l’hôpital de Kaédi. Pourtant, on m’avait averti dès mon deuxième enfant. On m’avait demandé de revenir après le baptême mais par négligence, je ne suis pas revenue. Et après l’accouchement pour mon troisième enfant, j’ai constaté la perte d’urines et de selles. Je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je suis restée dans cet état pendant cinq ans. C’est ainsi que le PNSR m’a repérée et je fus conduite à Nouakchott, au Centre de santé de Sebkha où je fus prise en charge. Je n’ai jamais rencontré de problème. Suivie médicalement et nourrie par une tante, j’ai été opérée grâce à l’appui du Programme National de Santé de la Reproduction et d’une l’ONG. J’ai subi trois opérations avant d’être complètement guérie. Pendant tout ce temps, mon mari est resté avec moi, jusqu’à l’instant où je vous parle. Lui et ma famille ne m’ont jamais abandonnée ».

Marième Mint Mohamed, 26 ans, originaire de Oualata (Hodh Charghi)
« Je me suis mariée à l’âge de 17 ans. Au début, après l’accouchement de mon premier enfant à l’Hôpital de Néma, je perdais involontairement mes urines et mes selles. Je changeais mes habits tous les instants et je passais le temps à pleurer. Je suis restée ainsi pendant cinq longues années de souffrance et de honte. Je ne savais pas que c’était une maladie.

C’est après que ma mère a pris contact avec le PNSR qui m’a amenée à Nouakchott, à l’Hôpital Mère et Enfant. Une seule opération a suffi pour que je sois guérie. C’est la plus grande joie de ma vie. Je remercie le PNSR, l’UNFPA, Mimi, Aïssata Diop, les chirurgiens qui m’ont soignée ».

Mimi Mint Moulaye Driss, Sage-femme, Point focal de la fistule au PNSR.
« La fistule obstétricale est une malveillance de l’accouchement compliqué. Elle touche en particulier les femmes pauvres et analphabètes. La stratégie mise en place depuis 2005 par le Ministère de la Santé pour y mettre fin, a permis de mener des missions de dépistages et la prise en charge des victimes. Avec l’appui de l’UNFPA et de certains partenaires comme l’ONG WAHA, le PNSR a pris en charge les victimes et leur accompagnant (transport, hébergement, nourriture, frais d’opérations chirurgicales, soins pré et postopératoires, médicaments). La fistule est une réalité en Mauritanie et les victimes se cachent encore. D’où l’intérêt de décupler les efforts pour les dénicher. Le PNSR leur offre aussi des appuis financiers pour leur insertion. Les régions les plus touchées sont le Gorgol, le Hodh Charghi, le Trarza et le Guidimagha ».

Aïssata Diop, Sage-femme d’Etat, Point Focal Fistule et Surveillante générale à l’Hôpital Mère et Enfant de Nouakchott.
« Mon numéro de téléphone est disponible auprès de toutes les sages-femmes du pays qui m’alertent dès qu’un cas se présente. Quand les femmes sont acheminées à l’hôpital, je les examine d’abord, puis je les conduis en consultation gynécologique, auprès du Dr. Diagana, l’urologue qui détermine s’il s’agit d’une fistuleuse qui doit être opérée ou pas. Avec la prise en charge de l’UNFPA pour ces cas, je m’occupe des restes des formalités postopératoires (bilan, programmation, etc.) jusqu’à la sortie de la malade. Cela fait plus de dix ans que je travaille dans le domaine de la fistule. Parfois, on dénombre jusqu’à quinze à vingt cas par année, lors des missions de dépistage menées en général en décembre ».