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Mauritanie : plateforme de lutte contre les violences basées sur le genre à Atar, le drame des femmes victimes d’abandon conjugal

A Atar, dans le célèbre quartier de MBarka Wa Amara, à quelques pas de la célèbre « Dayira » du défunt saint, Ely Cheikh Ould Moma, vit Teslem, 45 ans, avec ses deux grandes filles et ses sept filleuls. Elle est mariée depuis l’âge de 16 ans à un homme qu’elle n’a pas vu depuis trois ans. « Avant, on ne le voyait qu’une ou deux fois par an, parce-qu’il vit à quelques 500 Km d’ici ».

Le cas de Teslem, victime d’abandon par son mari, n’est pas isolé. Ce phénomène serait même très répandu dans l’Adrar. Ce serait la violence la plus récurrente dans la région, loin devant toutes les autres, y compris le viol, selon les activistes.

 

Mise en place officielle de la plateforme d’Atar

C’est dans ce contexte particulier que le Conseiller du Wali de l’Adrar, chargé des Affaires Sociales, M. Cheikh Ould Bilal, a annoncé solennellement, le lundi 23 août 2021, la mise en place de la Plateforme multisectorielle de lutte contre les violences basées sur le genre.

A l’instar de plusieurs autres régions du pays, Atar vient ainsi de bénéficier d’un cadre de coordination pour la prévention et la prise en charge des victimes et survivants de violences basées sur le genre (VBG). L’installation des plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG est lancée depuis quelques temps par le Ministère des Affaires Sociales, de l’Enfance et de la Famille (MASEF) avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA).

Dans son mot d’ouverture, M. Cheikh Ould Bilal a déclaré que le respect des droits de l’homme est un des principes clés de la religion musulmane, non sans constater l’ampleur de plus en plus grande des violences, en particulier celles visant les femmes et les jeunes filles. Il a salué l’initiative prise par le MASEF de créer cette plateforme de lutte contre les VBG, qui va constituer selon lui, un cadre de concertation et de coordination pour la prise en charge des cas de violence qui seront signalés. « J’espère qu’à travers ce mécanisme, nous mettrons fin à toutes ces déviances et à tous ces actes criminels qui menacent la quiétude sociale, la vie et l’honneur de nos femmes et de nos filles » a-t-il précisé, avant d’annoncer la mise en place officielle de la plateforme d’Atar.

 

Mme Khadijetou Cheikh Lô, Chargée de Programme Genre au sein de l’UNFPA Mauritanie, a tenu à remercier dans son intervention, au nom du Représentant résident, M. Saidou Kaboré, le gouvernement mauritanien, en particulier le MASEF, pour la franche collaboration avec son institution dans tous les programmes dédiés à la protection du droit des femmes. « Je rappelle que l’installation de ces plateformes correspond à un programme prioritaire du gouvernement qui s’inscrit en droite ligne dans le programme politique de Son Excellence, le Président de la République, M. Mohamed Cheikh Ghazouani, qui a appelé clairement à la protection du droit des femmes, à travers l’adoption de textes et la mise en place d’outils qui permettent de protéger, de prévenir et de prendre en charge toutes les personnes vulnérables » a-t-elle déclaré. Parmi ces outils, a-t-elle ajouté en substance, figure la mise en place des 15 plateformes multisectorielles de lutte contre les VBG.

Elle a rappelé aussi que c’est en 2019 qu’a commencé l’installation des plateformes pilotes dans 5 régions du pays. « En 2021, le gouvernement a pris la décision de mettre l’expérience à plus grande échelle et d’installer les plateformes au niveau de toutes les Wilayas » a-t-elle précisé.

C’est dans ce cadre, dira-t-elle en substance, que s’inscrit la mise en place de la présente plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG d’Atar. « Nous comptons beaucoup sur les 15 membres de la plateforme représentants ici les différents acteurs, dont la société civile, pour suivre avec intérêt les enseignements qui leur seront dispensés pendant deux jours par une experte du MASEF » a-t-elle ajouté.

Formation des membres de la plateforme

Du 23 au 24 août 2021, les membres de la plateforme, composés de cadres du MASEF, des représentants du Ministère des Affaires Islamiques, de l’Education Nationale, de la Santé, de la Justice, de la Police, de la Gendarmerie, en plus de quelques associations de la société civile, ont pris part à une formation sur les VBG, sur la composition, le rôle et la mission de la plateforme.

Au cours des travaux de groupe, les participants ont travaillé sur les pratiques habituelles et les orientations. « Ce qui sera nouveau pour vous, c’est la collaboration et la coordination entre vos différentes structures pour toute décision à prendre face à un cas avéré de violences basées sur le genre, avec comme référence de toutes vos activités, le directeur régional à l’Action Sociale, qui coiffe la plateforme » a insisté la formatrice du MASEF, Mme Neya Mint Hally.

Par la suite, un prototype de canevas de Plan d’actions a été présenté aux participants, qui devront se réunir tous les mois, avec productions de rapports mensuels, et une grande réunion par trimestre.

A préciser que le préfet central d’Atar, M. Mohamed Ahmed Cheikhna et le Maire adjoint de la Commune d’Atar, Cheikh Mélaïnine Cheikh Saad Bouh, ainsi que le directeur régional à l’Action Sociale de l’Adrar, avaient pris part à l’ouverture de la cérémonie de lancement de la plateforme multisectorielle de lutte contre les VBG à Atar. La délégation du MASEF était conduite par Mme Lebneik Mint Soulé, Directrice de la Promotion de la Famille, de la Femme et du Genre.

Mme Vatimetou Moma, membre de la plateforme, présidente de l’Association nationale pour la protection des orphelins, des enfants et des veuves, ONG créée en 2011 à Atar

« L’association prend en charge depuis des années le cas de Teslem. Nous respectons sa décision de ne pas porter plainte contre son mari. Notre association lui apporte une aide matérielle et psychologique, aide ses petits-enfants dans leur scolarisation, ses filles à elle n’ayant pas eu la chance de fréquenter l’école. Je crois que la mise en place de cette plateforme va permettre certainement, de réduire considérablement le traumatisme des femmes abandonnées par leur mari, et qui vivent l’une des pires violences, la violence psychologique qui peut mener à la folie. Ici en Adrar, il n’y a pratiquement pas de cas de viol. Les principaux problèmes posés sont liés aux conflits conjugaux, notamment l’abandon des épouses par les hommes qui refusent de les divorcer »